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Marché à Amman, marchandage à la frontière

Vincent Battesti

- 4 octobre. Jordanie. Suite.
Après mon crochet par Dhana, mon chemin a été décidé par les autostoppeurs. Arrêt à Karak ? Bah non, route à travers les montagnes, direct vers Amman la capitale, et ce n’est pas plus mal.

À Amman, je ne comprends pas bien la ville, c’est plein de hautes collines qui sont pleines de maisons de même couleur, très claires sous le soleil. C’est aussi plein de cercles administratifs (je traverse les 3e, 7e, 4e…) et de routes qui montent, qui descendent et qui contournent. Des indications écrites me font croire que je suis au centre de la ville (markez al-medîna) et j’y gare ma voiture pour faire provision de victuailles. C’est le premier jour de Ramadan et Ramadan m’a toujours donné faim, soif et envie de cigarettes (pour les autres). Binis à l’eau de rose, quelques gâteaux, de grands pains galettes et du jus de tamarin. Les marchés sont pleins à craquer et saturés de bouffe, de gens, d’odeurs de bruits, dans les halles aux bouchers se bousculent chairs contres chairs femmes, enfants, hommes et carcasses de viande. Cabas et cageots pleins, suivis des portefaix chargés.

J’ai un peu de mal à retrouver la route pour repartir de la capitale, mais finalement la frontière est toute proche et je parviens, comme je le voulais, à passer les frontières avant la rupture du jeûne (iftar).
Côté syrien, ça se passe mieux pour ma voiture qu’en Jordanie. Taxes à payer et surtout le directeur des douanes devant lequel il semble falloir passer en observation. Il a mon dossier : Français à voiture égyptienne avec une photocopie de carte grise (froissée et raturée par les Jordaniens). J’entre dans le bureau. C’est monsieur le Directeur. Il a son chapelet de musulman pieux en main et il lève la tête quand j’entre en lançant un mesa el-khir (bonsoir). Mais il ne lève pas la tête dans ma direction : à côté, à un ou deux mètres sur ma gauche. Il garde la pause trente secondes, tête légèrement en arrière et paupières légèrement baissées, il me fixe à côté avec un air de dédain. Je ne dis rien, me sachant passé aux rayons-X de sa perspicacité douanière, et ça dure trente longues secondes immobiles. Puis avec une infinie lenteur, sa tête se tourne vers moi, avec sa petite moustache, sa mise bien propre, son uniforme kaki clair. Sa tête s’anime d’une légère rotation d’un signe interrogateur. Il réfléchit, me regarde, réfléchit, puis me dit : « 10 days, is it enough ? » C’était mieux que mes deux jours jordaniens, mais encore peu. Je marchande. Il va pour dire quelque chose, et se ravisant sûrement (comment dit-on « 15 » en anglais ?), il écrit sur une feuille libre de son agenda le chiffre « 15 ». J’essaye de négocier trois semaines, mais là ce n’était plus une question qu’il me posait.

La Syrie. J’y suis. J’avais prévu de dormir à Daraa près de la frontière, mais à l’heure de l’iftar, c’est tellement vide et sinistre que je me demande si je ne vais pas pousser jusqu’à Damas, 120 km. Je n’arrive pas à joindre mes amis à Damas pour les prévenir, problème de réseau téléphonique… Tant pis, je fonce : personne sur l’autoroute, mais il fait nuit et j’entre dans Damas comme dans du beurre, vraiment. Je ne m’en suis rendu compte qu’avec les panneaux indiquant le centre-ville et la vieille ville.

J’arrive à joindre et rejoindre ces amis qui m’ont proposé de m’héberger. Un palace dans un vieux quartier. La maison arabe avec cour pavée de marbre, la fontaine au centre, les citronniers : tout est là. Je crois que je vais bien aimer cette ville.

- La suite par ici…

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Vincent Battesti, "Marché à Amman, marchandage à la frontière" [en ligne], in vbat.org anthropoasis, page publiée le 4 octobre 2005 [visitée le 13 avril 2017], disponible sur: http://vbat.org/spip.php?article210.
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