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Une étape importante du travail consacré à la démographie historique de Nocario vient d’être franchie au printemps 2025 : le récolement des registres conservés et accessibles, leur reproduction numérique et leur dépouillement systématique sont désormais achevés.
Le projet GENS repose sur trois ensembles complémentaires qu’il convient de distinguer :
- le corpus documentaire GENS, constitué des reproductions numériques (scans que nous avons faits) des registres et de leurs références archivistiques ;
- la base des actes GENS, constituée des tableaux de relevé et de transcription établis à partir de ces reproductions ;
- la base généalogique GENS, dans laquelle seront reconstitués les individus, leurs trajectoires biographiques et leurs relations familiales, selon la norme internationale GEDCOM.
Ces trois composantes forment ensemble le système d’information GENS du projet Castagniccia.
– Le corpus documentaire GENS
Le corpus documentaire GENS comprend les reproductions numériques, réalisées dans leur intégralité, des registres disponibles pour Nocario :
–* les registres paroissiaux de l’Ancien Régime conservés aux Archives départementales de Haute-Corse et dans le fonds Franciscorsa, association franciscaine à Bastia ;
–* les registres d’état civil de la commune, en privilégiant les exemplaires conservés en mairie, notamment parce qu’ils comportent de précieuses mentions marginales, et en les complétant lorsque cela était nécessaire par ceux des Archives départementales ;
– *les actes de mariage repérés dans d’autres communes de la vallée d’Orezza lorsqu’ils concernent un habitant ou une habitante de Nocario.
La documentation ainsi réunie couvre, grosso modo, deux siècles, des années 1770 aux années 1970, et concerne les trois hameaux formant aujourd’hui la commune de Nocario.
Ce travail prolonge les premiers relevés réalisés avec l’aide de Claire Battesti et de Christian Badoual-Battesti†. Une nouvelle phase intensive et systématique a été engagée en 2018 avec François Ireton. Le dépouillement des difficiles registres paroissiaux de l’Ancien Régime a en outre bénéficié du travail particulièrement précis de Madeleine Laurens.
– La base des actes GENS
À partir des reproductions numériques, l’ensemble des actes conservés et accessibles a été relevé dans des tableaux structurés. Ceux-ci forment la base des actes GENS.
Cette base rassemble les informations contenues dans les actes de baptême ou de naissance, de mariage, ainsi que de sépulture ou de décès. Elle conserve les formes sous lesquelles les noms, les prénoms, les professions, les résidences et les autres informations apparaissent dans les documents.
Les ordres de grandeur sont d’environ 2 000 naissances ou baptêmes, 550 mariages et 1 500 décès ou sépultures. Ces nombres décrivent les événements relevés dans les registres : une même personne peut naturellement apparaître dans de nombreux actes au cours de sa vie, comme sujet de l’acte, conjoint, parent ou à un autre titre.
Dire que le dépouillement est achevé signifie que l’intégralité des registres conservés et accessibles a été parcourue, déchiffrée et que leurs actes ont été scrupuleusement reportés dans la base. Cela ne signifie pas que celle-ci soit définitivement close, figée ou exempte d’erreurs. Certaines lectures doivent encore être vérifiées ; des graphies, des dates ou des identifications peuvent être corrigées ; des doublons doivent être résolus ; enfin, les lacunes documentaires peuvent parfois être partiellement compensées par le rapprochement d’actes différents.
– De la base des actes GENS à la base généalogique GENS
L’étape suivante est la reconstitution systématique des individus et des familles dans la base généalogique GENS, structurée selon la norme GEDCOM.
Chaque individu reconnu au cours de cette reconstitution recevra un identifiant unique et pérenne : son « ID Individu GENS ». Cet identifiant sera ensuite reporté dans la base des actes, dans les champs correspondant à chacune des mentions documentaires de cette personne.
Ce retour vers les tableaux est essentiel. Il permet d’apparier les différentes occurrences d’un même individu, de relier chaque personne aux actes sur lesquels repose son identification et de revenir directement des données généalogiques aux sources qui les fondent.
L’opération est aussi utile que difficile. Les homonymies sont extrêmement fréquentes, parfois presque systématiques. Les mêmes prénoms sont en outre régulièrement attribués à plusieurs membres d’une famille (souvent des grands-parents aux petits-enfants) ou réattribués à un nouvel enfant après le décès du précédent. À cela s’ajoutent les variations de la forme écrite des prénoms selon la langue de rédaction des actes, notamment entre l’italien — souvent de tradition toscane, parfois corsisé — et le français.
Une même personne peut ainsi apparaître sous plusieurs formes nominales au cours de sa vie ; inversement, plusieurs contemporains peuvent porter exactement les mêmes nom et prénom. L’appariement ne peut donc reposer sur le seul nom. Il exige de croiser les dates, les lieux, la parenté, les conjoints, les professions, les résidences et tous les autres éléments biographiques disponibles.
La base des actes conserve ainsi la trace documentaire et les formes effectivement rencontrées dans les registres, tandis que la base généalogique établit l’identité des personnes et leurs relations. Le passage de l’une à l’autre, puis le report des identifiants vers les tableaux, forment un processus continu de vérification et de correction.
L’achèvement du dépouillement ne marque donc pas la fin du travail, mais le passage d’une étape à une autre : de la constitution systématique des données à la reconstitution critique des individus, des familles et, à terme, de la population nucarinchi sur près de deux siècles.
