Toutes les versions de cet article : [English] [français]
– Conf. (en anglais) : Hidden Richness, Ongoing Erosion, The Paradox of Date Palm Agrobiodiversity in al-ʿUlā Oasis, Saudi Arabia
Traduction possible : Richesses cachées, érosion continue : le paradoxe de la biodiversité agricole des palmiers dattiers dans l’oasis d’al-ʿUlā, en Arabie saoudite
donnée dans le cadre du Society for Ethnobotany Annual Congress 2026 (Undisciplined Ethnobotany),
Institut de Botanique, MSH Sud, Faculté de pharmacie, Montpellier (France), 31 mai-4 juin 2026
le 4 juin 2026.
Site web de la conférence : https://ethnobotany.org/home/meetin...
– Résumé :
Le palmier dattier (Phoenix dactylifera L.) constitue la culture clé des agroécosystèmes oasiens d’Afrique du Nord et d’Asie occidentale. Dans de nombreuses oasis, les agriculteurs maintiennent d’importants assemblages de types localement nommés grâce à une combinaison de multiplication clonale et d’incorporation récurrente de palmiers issus de graines. L’oasis d’al-ʿUlā, dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, offre un cas d’étude exceptionnel pour appréhender les dynamiques de tels systèmes d’agrobiodiversité.
Reposant sur six années de recherches interdisciplinaires de terrain (2019–2025, projet al-ʿUlā DPA), associant enquêtes ethnobotaniques et analyses morphométriques des graines de dattes, cette étude documente à la fois la diversité et les transformations du répertoire variétal local. Les données ethnobotaniques recensent 101 types nommés actuellement cultivés à al-ʿUlā, mais ce chiffre masque une réalité préoccupante : seuls 59 sont localement reconnus comme locaux, tandis que 42 correspondent à des introductions commerciales ou motivées par des logiques de collection, en provenance d’autres oasis, contribuant ainsi à une homogénéisation du répertoire cultivé.
Les données ethnobotaniques historiques indiquent qu’il y a quatre décennies, l’oasis comptait au moins 113 types locaux cultivés : 54 ont donc déjà disparu de la culture, tandis que 86 % de ceux qui subsistent sont rares ou très rares et exposés à un risque de disparition. Cette évolution s’accompagne d’attitudes ambivalentes à l’égard de la préservation de cette diversité, tant chez les agriculteurs que parmi les autorités nationales.
Les analyses morphométriques montrent qu’al-ʿUlā concentre l’essentiel de la variation des formes de graines observée parmi les palmiers cultivés à l’échelle de l’aire de distribution de l’espèce, ce qui est cohérent avec le maintien actif d’une diversité phénotypique par les agriculteurs. Les résultats suggèrent l’existence d’un double régime sélectif : une sélection directionnelle en faveur de morphologies allongées parmi les variétés multipliées végétativement, et une diversification générée par l’incorporation récurrente de palmiers issus de graines.
Il en résulte une situation paradoxale : l’oasis conserve un remarquable réservoir d’agrobiodiversité du palmier dattier, tout en connaissant une érosion rapide de cette diversité. Sa préservation exige non seulement la conservation à la ferme (on-farm conservation) des types locaux rares, mais aussi le maintien des processus sociaux et agronomiques par lesquels les agriculteurs produisent et entretiennent cette agrobiodiversité.

