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FORUM: De l’habitation aux pieds d’argile, Les vicissitudes des matériaux et techniques de construction à Siwa (Égypte)

Art. (en français) Journal des Africanistes (2006).

En réponse à :

8 janvier 2007 De l’habitation aux pieds d’argile, Les vicissitudes des matériaux et techniques de construction à Siwa (Égypte)

Bravo pour cette excellente description d’une métamorphose architecturale (à laquelle j’assiste depuis 1987). J’y ajouterai néanmoins un point de vue purement esthétique, qu’on jugera donc ethnocentré, mais néanmoins partagé par nombre d’Issiwanes eux-mêmes : les maisons en gypse équarri, aux façades désormais vaguement peintes (plus fréquemment badigeonnées d’une eau colorée) sont non seulement très inconfortables l’été (chaleur insupportable qui pousse souvent les habitants à dormir dehors), mais aussi extrêmement laides. En réalité, je ne crois pas avoir vu de maisons plus laides où que ce soit au monde. Je tiens à disposition de qui en douterait des photos assez éloquentes. D’autant plus laides et polluantes à ’àil qu’elles se trouvent éparpillées dans un décor naturel d’une grande beauté, d’une beauté grandiose, même, à certains endroits de l’oasis (le ’’vieux touriste’’ de la source Juba doit être myope).

J’aimerais aussi émettre un doute sur l’affirmation que l’enduit d’argile sur les façades des maisons en gypse équarri (officiellement obligatoire) ne ’’tient’’ pas. Je crois plutôt que les Issiwanes, pour des raisons économiques plus ou moins légitimes, n’ont pas voulu vraiment qu’il ’’tienne’’ : il m’a semblé, en effet, qu’il était posé à la va-vite, parfois même propulsé par jet à l’aide d’une machine, et surtout qu’il était toujours d’une couche extrêmement mince. J’observe le non-respect du décret gouvernemental depuis sa promulgation : je n’ai jamais vu un Issiwane appliquer ’’à l’ancienne’’ une bonne et large couche de ’’tina’’ sur ses parpaings.

Il est vrai de dire que cet enduit de façade n’intéresse {a priori} que les touristes esthètes à tendance écologique. C’est pourquoi je tente depuis quelques mois de faire circuler une idée : faire payer cet enduit (ou toute autre artifice qui permettrait d’estomper la laideur du parpaing) par les touristes eux-mêmes, au moyen d’une taxe modique sur les nuits d’hôtels et les repas des restaurants. Si l’on songe que la nuit à l’écolodge Adrere Amellal (EQI) est facturée 400 dollars (pension complète, soyons précis), on conçoit qu’une taxe de 1 ou 2% y suffirait amplement. Je ne serais pas étonné qu’ainsi, payé par les touristes, l’enduit de façade tienne enfin (ne serait-ce que quelques mois renouvelables)... au grand plaisir aussi des Issiwanes, qui retrouveraient alors une part de la climatisation naturelle de leur habitat disparu.

Pour finir, deux mentions (hors sujet) de deux autres pollutions à Siwa : la première, elle aussi visuelle, est le sur-éclairage nocturne (des monuments, des rues, des chemins) ; la seconde, bien plus grave, voire mortelle à plus ou moins court terme, est la salinisation excessive des terres, due à une surconsommation d’eau (irrigation irraisonnée et fortement croissante).

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