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Cosmopolitisme végétal et extraterritorialité sociale : Une histoire moderne des jardins d’agrément en Égypte

Livre en cours d’écriture

Vincent Battesti

Cosmopolitisme végétal et extraterritorialité sociale : une histoire moderne des jardins d’agrément en Égypte

Texte en cours d’écriture (finitions, cet été 2014).
Il a été en fait soumis à la Revue d’ethnoécologie.
Mais ce texte de presque une centaine de pages dépasse le format habituel d’un article scientifique. Il est donc probable qu’il sera :

  1. Cosmopolitisme végétal : une histoire moderne des jardins d’agrément en Égypte (partie 1)
  2. Extraterritorialité sociale : une histoire moderne des jardins d’agrément en Égypte (partie 2)

- Mise à jour 2015 : le texte encore amendé, corrigé, augmenté (et merci à mes relecteurs) et dépassant plus de 150 pages, je me dirige plus sérieusement vers la publication d’un petit ouvrage.
À suivre… :-)

Palais du Prince Hussein, ca. 1880. Palais construit en 1872 et démoli en 1955 (coll. Max Karkégi).

- Résumé :

Une histoire moderne des jardins d’agrément en Égypte est encore à écrire, et ce texte en est une ébauche. Un « tournant jardinier » eut lieu en Égypte au XIXe siècle, car se joue alors un de ces évènements historiques sans précédent véritable. Pour l’apprécier, il faut se défaire d’une conception historique où l’on observerait une succession bien ordonnée de styles jardiniers. Même en bornant la recherche aux XIXe et XXe siècles, les jardins d’une Égypte « médiévale », continuent alors, en partie, d’exister. Ce faisant, c’est peut-être aussi une histoire du « contact » qui s’écrit là : comment des traditions jardinières d’origines diverses s’interpénètrent sur les rives du Nil. Et pour parler des jardins, on se heurtera toujours à la difficulté de faire des ensembles discrets dans ce qui me semble être un continuum de variations, continuum qui s’étend à chaque fois que sont inventés ou introduits de nouveaux possibles, de nouvelles dimensions jardinières. C’est donc diverses variables et non une succession de styles, qu’il nous faut suivre (genre, taille, ouverture à tel public, localisation par rapport à la ville, destination d’usage, situation par rapport à l’habitation, spécialisation, etc.) pour tracer les contours d’une ethnohistoire moderne des jardins d’Égypte.

Promenade de Choubra (Caire) - photographie de Gustave Le Gray (1862)
Original : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/...

- Les premières lignes :

Une histoire des jardins d’agrément en Égypte est encore à écrire. Ce texte n’en sera qu’une introduction, il ne souhaite qu’en ébaucher l’histoire. Les travaux scientifiques nous laissent peut-être davantage connaître, paradoxalement, les jardins de l’Antiquité égyptienne (voir par exemple Hugonot, 1989, Polinger Foster, 1998, Wilkinson, 1998, Gros de Beler & Marmiroli, 2008) que les jardins médiévaux et ou même modernes et contemporains.

Cette étude ne se voulait à l’origine n’emprunter que la forme d’un article. La raison de son développement est que d’une part j’ai sous-estimé ce que je pouvais découvrir dans les bornes que je m’étais fixé au début de cette étude et que, d’autre part, j’ai choisi de laisser à disposition des lecteurs une bonne partie du matériel critique autrement difficile à rassembler.

Alors que je travaillais à une ethnographie des usages des jardins publics au Caire (Battesti, 2006a) et plus largement des espaces publics de la capitale égyptienne (Battesti & Puig, 2011), j’ai dû me poser la question du « programme initial » de ces jardins. En effet, mon travail sur les espaces publics urbains du Caire visait à définir les modalités d’usage des espaces publics et ses normes de comportements, dans les jardins publics et le centre-ville, espaces tout deux « inventés » au XIXe siècle par un courant réformiste urbain. Du point de vue de ses actuels usagers populaires, l’accès à ces espaces s’est « démocratisé » et en même temps qu’ils sont considérés en pleine dégradation par leurs anciens usagers bourgeois d’avant le tournant 1960-1970 — voire, je considérerais même cette bourgeoisie tenter leur patrimonialisation maintenant que ces espaces leur échappent (Battesti, 2009a).

J’analysais les formes et l’organisation de ces jardins (dont le « dressage » de la végétation), les publics qu’ils drainent et les usages qui en sont faits, soit la nuance qu’introduit Isaac Joseph (1998) entre dispositifs et dispositions. Une ethnographie au Caire du Giza Zoo (Battesti, 2006a), par exemple, a éclairé les attentes et surtout les pratiques propres à certains lieux de récréation, les tensions avec leur programme initial et les divers dispositifs de contrôle dans ces situations d’anonymat (qui contrastent avec la situation d’interconnaissance des quartiers populaires de la majorité des usagers).

À dires d’acteurs, j’ai pu saisir l’évolution des trente à quarante dernières années de l’usage des jardins publics : délaissés par les classes aisées (engagés dans d’autres stratégies spatiales, dont les gated communities sont le paroxysme) et occupés massivement par les classes plus populaires (cha‘abī) qui y ont inventé de nouveaux lieux, de nouvelles formes de sociabilités définies par de nouvelles pratiques et normes qui ne sont ni celles qui prévalaient auparavant ni celles directement importées des quartiers populaires (Battesti & Puig, 2011). Quand j’ai été invité à travailler sur un jardin de la grande bourgeoisie égyptienne et de l’élite politique, j’ai là aussi été limité par la mémoire humaine : difficile de saisir les dispositions actuelles dans les jardins publics ou privés d’Égypte si l’idée que nous avons du programme initial de ces jardins est obscure. Il restait donc à éclairer la généalogie des dispositifs jardiniers de l’Égypte.

Pour mener cette quête, j’ai articulé des données issues des récits et illustrations de voyageurs et savants pour la profondeur historique et des données du travail ethnographique pour le contemporain. La difficulté toute particulière d’une histoire ou d’une ethnohistoire des jardins d’agrément réside bien sûr dans le caractère non pérenne, éphémère et à tout le moins évolutif de cet objet d’étude. Les jardins sont en effet des objets vivants — des « monuments vivants » nous dit la Charte de Florence (ICOMOS International Council on Monuments and Sites, 1981). Les jardins sont l’exemplarité d’une transformation anthropique d’un espace naturel ; un jardin est un enclos, un endroit réservé par l’homme, qui y dispose comme une image du monde — imago mundi (voir par exemple Brunon & Mosser, 2007) — des êtres biologiques qui naissent, vivent et meurent, le jardin est une mise en ordre ancrée dans la matière et le temps. La dépendance des jardins à la nécessité d’un travail humain permanent constitue bien leur faiblesse. (…)

Chrysanthemum hort. [as Pyrethrum hort.]
The garden. An illustrated weekly journal of horticulture in all its branches [ed. William Robinson], vol. 16 : (1879)
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Vincent Battesti, "Cosmopolitisme végétal et extraterritorialité sociale : Une histoire moderne des jardins d’agrément en Égypte" [en ligne], in vbat.org anthropoasis, page publiée le 18 mars 2014 [visitée le 24 avril 2017], disponible sur: http://vbat.org/spip.php?article679.
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