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Jardins au désert, Évolution des pratiques et savoirs oasiens, Jérid tunisien

Ouvrage.

Vincent Battesti

Ouvrage en libre accès :
téléchargement libre au format pdf

Jardins au désert, Évolution des pratiques et savoirs oasiens, Jérid tunisien, Paris, Éditions IRD, coll. À travers champs, 2005, 440 p.
ISBN 2-7099-1564-2
ISBN-13 9782709915649
(Format : 17 x 24 cm, 60 photog., 45 fig., 15 tab., 42 €)
oai:halshs.archives-ouvertes.fr:halshs-00004609_v2
Pdf : http://hal.archives-ouvertes.fr/hal...

- Cet ouvrage est issu du travail de la thèse de doctorat, dans une version très remaniée.
Il est paru à la mi-juin 2005 aux Éditions IRD, dans la collection À travers champs que dirige Jean Boutrais, directeur de recherche à l’IRD.
Je profite de cette occasion pour le remercier de son intérêt pour ce manuscrit et pour les patientes et précieuses relectures d’édition qu’il lui consacra.
Merci donc à Jean Boutrais (édition du texte, Paris), mais aussi à Marie-Odile Charvet Richter (mise en page, Montpelllier) pour leur travail respectif d’édition. Ce fut un plaisir de travailler avec eux.

- Lire la fiche de l’ouvrage sur le site web des Éditions IRD (et éventuellement commander l’ouvrage au format papier).

- La quatrième de couverture présente ainsi l’ouvrage :

La présence d’oasis dans le Sahara peut sembler une aberration écologique. Les palmeraies et les jardins qu’elles abritent sont en fait le fruit d’une conquête millénaire qui se poursuit encore aujourd’hui. Ces paysages artificiels, terroirs soigneusement façonnés et entretenus, sont l’archétype des systèmes naturels anthropisés.

Cet ouvrage a été réalisé à partir d’enquêtes de terrain menées dans le Jérid tunisien, mais aussi dans le Tassili n’Ajjer (Djanet, Algérie) et l’oued Draa (Zagora, Maroc). Si cette perspective comparative révèle la diversité des pratiques et savoirs oasiens et des relations à l’environnement, elle met aussi en valeur les dynamiques locales qui se déploient au-delà de l’habituel dualisme entre tradition et modernité. Par ailleurs, plusieurs échelles d’étude, de la planche de culture au jardin et du parcellaire à la palmeraie, permettent de souligner la variété des articulations entre facteurs écologiques, économiques et sociaux.

Le Sahara cultivé n’offre pas une mais des natures oasiennes en constante évolution, construites à partir de cette richesse anthropologique.


Réunion masculine dans un jardin de la vieille palmeraie de Degache (Jérid, Tunisie, 1996). © Vincent Battesti

Cet ouvrage traite de la question des relations entre des sociétés oasiennes et leurs environnements. Il se concentre essentiellement sur l’agriculture des palmeraies du Jérid (ou Djérid) dans le Sud tunisien (Tozeur, Degache, El-Hamma, Nefta, Castilia, Dghoumes, etc.), tout en comparant leur situation avec des oasis marocaines et algériennes, à partir d’une longue enquête ethnographique partie prenante d’un programme de développement rural. L’ambition est de caractériser minutieusement l’agriculture inventée et pratiquée en oasis (outils, pratiques, discours…) et par ailleurs de mieux comprendre en quoi cette forme d’agriculture et ces paysages oasiens ressortent aux « contraintes environnementales » et/ou aux « influences culturelles ». La situation oasienne relève-t-elle d’un primat de la nature ou de la culture ? Dépassant les apories de ce manichéisme (déterminisme contre herméneutique culturaliste), les préséances de l’écologique ou du social sont évaluées à travers une hiérarchie spatiale, du jardin à l’oasis dans sa globalité. Le travail a consisté à dévoiler des couches de sens différentes, des stratégies contrastées, des types de pratique parfois contradictoires, selon les niveaux où les oasis sont vécues et perçues par des individus et des institutions aux intérêts souvent divergents.

Curieux espaces que ces oasis sahariennes : cadres de verdure au sein d’un milieu désertique hostile. L’enquête anthropologique nous montre comment elles sont créées de la main de l’homme et comment à la fois elles échappent aux communautés locales, car appropriées par un État moderniste, mais aussi par le tourisme.

- Deux documents sont à votre disposition : la table des matières de l’ouvrage et la couverture de l’ouvrage (format pdf).

Table des matières de Jardins au désert.

Couverture de Jardins au désert.

Baignade dans l’oasis de Tamerza
Oasis de Tamerza (Jérid), Tunisie, © Vincent Battesti, 1995.

Table des matières

Introduction

Partie 1 : La description de l’oasis, une norme

Partie 2 : Les révolutions permanentes des jardins

Partie 3 : Les natures de l’oasis se croisent

Conclusion : la construction des natures oasiennes


Dans la palmeraie de Degache
Oasis de Degache (Jérid), Tunisie, © Vincent Battesti, 1995.

- Premières phrases de l’ouvrage :

Je me penche et je coupe quelques plantes. Je me déplace encore un peu et je répète l’opération. Je donnerai celles-ci à mes animaux, là-bas. L’eau est à mes pieds, qui circule, cherche son chemin. Il fera bientôt nuit, les ombres ont disparu. Les étoiles, là-haut, vont scintiller.

« Comme on dit en arabe, les aveugles ne peuvent pas vous montrer le bon chemin, et les illettrés sont des aveugles, non ? […] Le gouvernement, s’il veut savoir ce qu’il se passe, doit manger dans toutes les soupes. » — Un shérif lettré à Nefta, le 6 mars 1996.

Rachid ben [fils de] Bechir ben Rouissi. À énumérer les parties de son nom, il retrace aussi les générations qui l’ont précédé et comment ce jardin à Degache (ou du moins sa part) lui est échu.

Depuis six heures ce matin, il est seul au jardin, comme à son habitude. Il n’a pas vraiment quelque chose à y faire, rien de pressant en tout cas. Il pourrait à la rigueur rester à la maison comme le font les plus jeunes aujourd’hui, mais pour quoi faire ? Autrement que pour le dîner et la nuit, il n’y est pas vraiment chez lui, il risquerait de gêner sa femme et les allées et venues des voisines. Et que diraient les voisins à le voir traîner dans le quartier ? Qu’il est un paresseux ? Qu’il a perdu son jardin ?

Aujourd’hui, il désherbe les tomates qui manqueront bientôt d’être étouffées sous les mauvaises herbes. Il en fait des tas sur les bords des planches. Il va ensuite couper d’autres mauvaises herbes dans les allées, dans les jachères, jusqu’à récolter la bonne quantité, pour qu’il n’ait pas ce soir à rajouter du concentré aux chèvres et à la brebis de la maison. C’est sa femme qui s’occupe des animaux. Avec le retour de la chaleur, l’herbe recommence à bien pousser et est envahissante dès que l’eau est là, dès que les nûbât (tours d’eau) sont assez rapprochées, longues et de débit suffisant. Il arrive qu’un des forages tombe en panne et que l’eau des circuits d’irrigation suffise à peine à inonder les carrés de cultures. D’après son voisin, son tour d’eau devrait commencer après-demain à onze heures dans la nuit.

Après le repas, des fèves qu’il a réchauffées sur le feu (il en mange tous les jours), l’après-midi est vite passée : il y a toujours quelque chose à faire dans le jardin. Il a rassemblé en l’occurrence toutes les palmes sèches qui traînaient au pied des palmiers depuis qu’il les a nettoyés durant l’hiver. Il les a rassemblées en paquet de vingt et il enverra dire à son cousin de passer les prendre avec sa charrette pour les vendre au hammâm (bain turc). Ça ne vaut pas grand-chose, mais ça paiera des bonbons pour les enfants.

Le soleil décline, l’appel à la prière se fera bientôt entendre, il est temps de rentrer. « Tiens, Mohamed et Tarek ne sont pas passés aujourd’hui. » Il coupe une grosse botte de salade pour la maison. Il devra passer par le souk (marché ou centre-ville) pour prendre du persil. Le peu qu’il a planté cette année n’a pas poussé. Peut-être de mauvaises graines. Ou plutôt il prendra du persil chez Brahim à qui il a prêté une mes-ha (une sape). Il boit son dernier verre de thé au jardin, de la théière qui est restée toute la journée sur la braise près de la cabane. Ce n’est plus une infusion, c’est une décoction. Il ne pourrait plus s’en passer.

En levant son verre, son regard se pose sur les premières spathes des palmiers qui s’ouvrent bientôt. « Le temps sera venu, la semaine prochaine, de polliniser », pense-t-il en attachant la charrette à son mulet et en y posant les bottes d’herbe et la salade. L’animal connaît le chemin du retour, Rachid peut s’allumer une cigarette Cristal.

Ci-dessous le lien pour télécharger l’ouvrage entier au format pdf.
HAL -SHS Archives ouvertes.


Jardins au désert, Évolution des pratiques et savoirs oasiens, Jérid tunisien
Vincent Battesti, 2005, Paris, Éditions IRD, coll. À travers champs, 2005, 440 p. (pdf version 2)

Puisque c’est une question qui me revient souvent, vous pouvez trouver à
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(Je ne touche pas de droits d’auteurs des éditions IRD et je ne suis pas partenaire des entreprises citées !)

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Vincent Battesti, "Jardins au désert, Évolution des pratiques et savoirs oasiens, Jérid tunisien" [en ligne], in vbat.org anthropoasis, page publiée le 21 juin 2005 [visitée le 30 mars 2017], disponible sur: http://vbat.org/spip.php?article35.
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